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Ran1

Fut un temps où les armures étaient fragiles comme l’air

Ran 2

Fut un temps où les armures étaient des écailles de mer

Ran 3

Fut un temps où les armures se paraient de sang.

Ran 4

Fut un temps où les armures d’automnes se prenaient pour des feuilles.

Ran 5

Fut un temps où la jade dirigeait les combats


avants propos

Les explications sont dégoutantes et étouffantes. Elles n’apportent si on les considère en premier lieu que l’a mort,  l’assassinat d’une oeuvre. La vie d’une oeuvre se trouve dans l’être qui la regarde dans un temps commun qui est pris. Il n’y a pas de gain de temps en Art, il n’y a que du temps et en peinture un temps statique.

Par contre informer sur la méthode, sur le medium voir sur la prière qu’est l’acte créatif, peut être considéré à l’heure actuelle, dû moins, comme utile. Par de là le grand brouhaha, la logorhé, la séduction débilisante et corompu de l’art contemporain se trouve le splendide resserement des arts sur leurs médias respectifs qu’ils ne considèrent plus comme forme, comme moyen, mais bien comme fond. L’oeuvre est oeuvre et son contexte, son mausolé n’informent de rien si ce n’est de sa place au sein d’une société. Le médium est le départ et la finalité d’une création. Le reste appartient au spectateur qui veut bien jouer le jeu de l’oeuvre. L’intelligence n’est pas toujours là où on la voudrait. La naïveté, l’emmerveillement et le rêve sont des positions nécéssaire pour se laisser porter par une oeuvre et ainsi la transformer et la faire sienne.

Ran

Evacuons de suite la question du titre. Ran c’est pour le film. Un des chefs d’oeuvre de Kurosawa. De “Ran” il faut retenir la symbolique plastique de la guerre et des clans. De “Ran” il faut voir les petites plaques de métals et les petits hommes appeurés qui forment armures et armées. De “Ran” il faut se souvenir du bruits et des cris, de la flûte et du vent, du silence et des gémissements, du crépuscule qui enexorablement marquera la triste et apaisante fin de nos vies et de nos mondes. De “Ran” ouvrons des yeux ronds sur la beauté fascinante de la violence et du sang, sur la noblesse des mutilés et sur l’érrance des aveugles. C’est écoeurant… Fermons la page.

L’objet infini

Méthode disais-je. Un tableau est un objet fini. Ses bords sont là avant même de poser la première couche de peinture. Il en est de même en dessin. Ceci n’est pas annodin, c’est même essentiel car de cette contrainte naît l’Art de faire un  tableau., de modeler l’espace. En effet le dessin comme la peinture peuvent se résumer en une attention perpétuelle des bords. Un beau trait, une couleur profonde ou une habile coulure sont essentiellement de l’ordre de la technique pure. C’est presque “externe” à la réalité du travail sur toile, sur papier bref sur un support “fini”. Ce que regarde, apprécie, juge et jauge, souvent sans le savoir, le spectateur c’est une circulation des masses, des dynamiques dans le format c’est à dire par rapport aux bords. On a beaucoup débatu sur la “fenêtre” qu’est un tableau, or on a bien occulté comme beaucoup d’autres évidences que l’intérieur se défini par les bords. Un  pays ce sont déjà des frontières. Une loi des interdits. Une histoire un début et une fin.

Le créateur comme le spectateur ont également et c’est dans la nature du vivant, un rapport au format que je qualifierait d’Albertien. Le spectateur comme le créateur sont confrontés à une oeuvre physique qui à des dimensions qui sont automatiquement jugées , comprises, par rapport à l’échelle, “à la mesure de l’Homme“.

Comprenez bien alors que la technique du peintre est une ocupation de l’espace qui lui est alloué. Comprenez bien alors que le duel que livre le peintre est entièrement dans ses pieds et ses mains qui doivent affronter un espace qu’il défini toujours par rapport à sa propre taille. Il trouve le centre, il touche les faiblesses, il cherche à déstabiliser ou à remettre debout. Il travaille dans l’intérieur sans jamais perdre la périférie, au quel cas il échoue.

La méthode a changé et avec elle l’espace fini. En assemblant un nombre illimité, dû moins non défini, de petits bouts de papiers colorés ce sont les bords qui disparaissent et le support lui même.  Le travail n’évolue plus des bords vers l’intérieur ou d’un intérieur vers des limites, des tranches, une abîme mais s’étend de façon exponentielle et potentiellement dans les trois dimensions (x, y, z). Le temps (t) reste lui de la même valeur, appartenant au spectateur.

L’être et le pays

On peut considérer un tableau réussit, une oeuvre comme étant  habité. Ce serait même là la différence entre un tableau et une oeuvre. On a crée un être. Avec cet être on peut dialoguer, on peut se retrouver, on peut s’haïr. Alors l’exercice de peinture consiste, à l’intérieur de ces bords dont nous avons parler, à faire naître et à maintenir le vivant. Et bien souvent il est UN. Un portrait, un paysage, une scène; il est Un car considéré par son créateur comme Une chose. C’est dans cette optique, pour ce résultat que le peintre travaille et évolue.

Or en assemblant ces milliers de petits papiers qui sont autant de tableaux, d’êtres, ce sont des populations qui se forment. Des “nations” naissent, des armées se constituent, des masses qui au final sont une entité, une humanité partagé et montré. Musiqualement si c’est réussit, harmonieux on aurait une symphonie, un choeur… si c’est raté un patchwork disgracieux, une cacophonie insuportable détruisant l’individu, chacun parasitant son voisin. Finalement l’effet “nation” ou “peuple” n’enlève rien à la personalité de chaque papier. Ils trouvent leur place dans un ensemble qui semble être une répétion du même motif, sans nuances; et pourtant lorsque les être vivants répètent une chose invariablement ils varient: Comme Bach.

Ils se chevauchent les uns sur les autres, ils gardent la souplesse nécessaire aux générations du dessous et un bout de tête est offert à celle du dessus. Ils s’arrangent dans des sens différents, par lignes, pour créer des réseaux, car une société fournie s’organise en réseaux.

Alors ces ensembles ressemblents à des armures, à des écailles, à de la peau.

Phase 5

Il n’y a que des Monstres et des Dieux. Les hommes ne vont pas au bout de leurs cauchemards et c’est bien ce qui les rends imparfait. Alors moi qui ne suis rien je leurs offre les seules choses que l’Homme peut leur offrir et qui n’existe pas: la couleur, le volume, le papier. Je les offre au vide et rien n’en sortira.